Rencontre de l’opposition : Le festin. Et après ?

Il y a quelques semaines, les leaders de l’opposition mauritanienne se réunissaient sous la houlette d’un des leurs, le président de l’APP, Messaoud Boulkheïr. La présence d’un grand nombre de partis témoignait, semble-t-il, d’un souci commun de se parler et, partant, d’harmoniser leurs positions, en vue peut-être de mettre en place une plateforme de concertations. C’est un grand pas. Il y a longtemps que pareille rencontre n’avait réuni les leaders de l’opposition. Depuis la présidentielle de 2019 et l’élection du président Ghazwani, il n’existait en effet quasiment plus de cadre de concertation, le Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU) qui se battait contre le régime de l’ex-président Mohamed ould Abdel Aziz était mort de sa belle mort.

Résultat des courses, l’opposition s’est fondue dans un silence troublant, poussant bon nombre de ses militants et sympathisants à s’interroger sur sa capacité à survivre. Elle le doit pourtant : une démocratie sans partis d’opposition n’est pas une démocratie. On ne les entend que très rarement produire des communiqués pour dénoncer, souvent timidement, la gestion du président Ghazwani qui, quoique différente de celle de son prédécesseur, traité de fossoyeur du pays et traîné devant la police économique, est loin d’être exempte de tout reproche. Seule ou presque, la Coalition Vivre Ensemble (CVE) des partis à leadership négro-africain, qui vit le jour à la veille de la dernière présidentielle et quia fini, elle aussi, par se diviser (CVE et CVE/VR), s’oppose véritablement au « « système » en place.

Dépasser les ego

Les principales embûches sur le chemin de l’unité de l’opposition tournent autour de son leadership. Aucun parti de l’opposition traditionnelle n’a jamais réussi, à ce jour, à fédérer les autres lors des échéances électorales et, incapable de former un seul bloc à ces occasions, celle-ci ne pèse guère dans la balance. La recherche d’un candidat unique à la dernière présidentielle et la débandade qui s’en suivit témoigne de ses profondes divergences. On se rappelle d’une autre tentative, avec le Front national pour la défense de la démocratie (FNDD) qui soutint Messaoud ould Boulkheïr à la présidentielle de 2007. Des divisions étaient apparues et plusieurs partis avaient soutenu d’autres candidats.

Certains pensent être les seuls à pouvoir diriger l’opposition – s’en sont même fait un devoir… – d’autres sont suspectés être de mèche avec les différents pouvoirs. Elle continue encore à en pâtir. Les querelles d’ego ont couru jusqu’ici. En plus de ses querelles internes et de leadership, l’opposition est même accusée de n’avoir jamais su proposer, depuis l’instauration de la démocratie en 1992-1993, une alternative crédible ni imposer un rapport de force en sa faveur. Souvent réprimées par le pouvoir, ses nombreuses marches et contestations n’ont réussi à peser que lors du coup de force d’Ould Abdel Aziz en 2008 contre Sidi ould Cheikh Abdallahi démocratiquement élu moins de deux ans plus tôt. Pour le reste, ce ne fut que « le chien aboie, la caravane passe ».

Autour de l’essentiel

La rencontre organisée par le président Messaoud Boulkheir intervient au moment où le parti Tawassoul tente de rallier l’opposition à sa vision de la Mauritanie. Un document qui rappelle celui du président Messaoud, « La Mauritanie d’abord », lancé le 11 Février 2013 pour dépasser les clivages en Mauritanie. Le président du parti islamiste a rencontré dans ce cadre plusieurs leaders de l’opposition et de la majorité. Une vision consignée dans un document de plusieurs pages passe en revue les questions nationales (unité, esclavage, bonne gouvernance…) et semble rencontrer l’adhésion de tous les partis de l’opposition réunis chez Messaoud. Tous estiment que la Mauritanie a besoin de sortir de sa situation actuelle et que seul le dialogue inclusif demeure une condition sine qua non à cette fin.

L’unité nationale, le vivre ensemble, la gestion et le partage équitable des revenus tirés des ressources du pays, autant de questions sans cesse rabâchées par tous les acteurs politiques mais jamais réglées, parce qu’aucune volonté politique n’a été mise en pratique. Le président Messaoud appelait depuis plusieurs années à un compromis national autour de la « Mauritanie d’abord. » Mais l’option du dialogue général est rejetée jusqu’ici par le président de la République qui préconise, lui, des concertations séparées avec les leaders de l’opposition. Une démarche que les opposants refusent, dans leur majorité. En ouvrant son bureau à certains leaders de l’opposition, Ghazwani avait réussi à décrisper le climat politique, peut-être même « normaliser » les rapports entre le pouvoir et l’opposition,  mais, en excluant  tout  dialogue, du moins dans le format connu jusqu’ici, Ghazwani a rompu le modus vivendi instauré de facto. La pandémie COVID 19 lui a même permis de rallier des partis de l’opposition représentés à l’Assemblée nationale autour de ses dispositions de riposte contre la crise sanitaire.

À en croire divers leaders de l’opposition qui soutinrent sa candidature à la présidentielle, Ghazwani leur avait pourtant promis d’organiser un dialogue, s’il était élu. On connaît la suite. Mais les choses semblent désormais bouger au sein de l’opposition et sa démarche apparaît comme un désaveu de la politique de l’actuel Président. Celle-là semble en tout cas opter pour la fin de la récréation, voire du compagnonnage avec le successeur d’Ould Abdel Aziz qui, lui, n’éprouvait que mépris envers ses opposants.

Les tentatives de l’opposition de retrouver une certaine virginité intervient aussi au moment où le dossier de la corruption impliquant plus de trois cents personnes, dont l’ex-président Ould Abdel Aziz, est en passe d’être transmis à la justice. Après avoir prêché sa neutralité, l’Exécutif reste préoccupé par le comment sortir de ce guêpier. Sa crédibilité est en jeu. Que va-t-il donc se passer après ces retrouvailles de l’opposition ? À en croire nos sources, une commission serait sur pied pour dresser une synthèse des questions débattues ce soir-là, avant d’être soumise aux leaders de l’opposition pour amendements et éventuelle approbation. Qu’accouchera la montagne ? L’opposition réussira-t-elle à imposer son tempo au pouvoir ?

Dalay Lam

Le calame

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